Afghanistan 1964 : chronique d'une Constitution avortée : extraits des mémoires de Sayed Quassem Rishtya

Voici un compte rendu extrait du journal de
bord de Sayed Qassem Rishtya. Évoqués avec
une perspicacité et une honnêteté rares, ces
souvenirs ont trait à l'époque où Rishtya
occupait un poste de ministre (1963 -
1965). Ce récit des affaires politiques du pays
écrit à la première personne du singulier
constitue un cas unique dans l'histoire de
l'Afghanistan. L'essentiel de ce livre transcrit les
observations d'un témoin direct ainsi que les
conversations de l'auteur avec les leaders
politiques du monde.
Des plus haut intérêt aujourd'hui, l'implication
de Sayed Qassem Rishtya dans la première
Constitution démocratique afghane, rédigée et
adoptée en 1964. A cette époque, femmes les
afghanes s'habillaient à l'européenne, occupaient
des sièges au parlement et fréquentaient les
universités, loin des yeux des médias.
Sayed Qassem Rishtya compta non seulement
dans l'un des principaux auteurs du document
modèle de la Constitution. Il fut aussi l'un
des acteurs déterminant des manoeuvres qui
aboutirent à son adoption. Son insistance à la
voir ratifiée à la lettre lui valut le respect de ses
collègues mais encore de sérieux opposants,
d'où une scission du corps politique afghan.
Pour résoudre les fréquents conflits d'intérêts
liés aux factions politiques, religieuses et tribales,
surtout en matière de réformes constitutionnelles,
on fit souvent appel à son intégrité et à
ses grandes compétences. Les réformes en
question étant en partie réinstaurées, elles pourraient
offrir un modèle pour ce pays troublé qui
s'efforce à nouveau de souscrire à la démocratie.
Parmi les passages forts de cet ouvrage figure
l'étonnante mise en garde du président
Kennedy à l'adresse du Shah Zahir, lors de la
visite de ce dernier aux USA en 1965, concernant
les dangers des réformes démocratiques en
cours en Afghanistan et la nécessité de procéder
avec prudence.
Dans le sillage de l'invasion soviétique de 1979,
Sayed Qassem Rishtya dut fuir en n'emportant
que les habits qu'il portait. Une liste dressée à
l'issue du coup d'Etat communiste d'alors
mentionnait son nom parmi ceux qui ne
devaient pas quitter le pays.
Un diplomate autrichien parvint à sortir du
pays, à la barbe de l'occupant russe, le manuscrit
originel de Risthya. Sans lui et son courage, la
postérité aurait perdu à jamais toute trace de
ces mémoires.
Leila Enajat-Seraj, fille de l'auteur, a traduit ces
mémoires du dari en anglais. La présente adaptation
française présente un aperçu de la diplomatie
et des intrigues politiques de haut rang,
sur un ton intime, comme si le lecteur y était.