Les pouvoirs de la musique : du diabolus in musica au showbiz traditionnel : la Corse, un laboratoire exemplaire

De par son caractère immatériel, la musique a été le modèle privilégié
du philosophique et de l'esthétique. Mais c'est paradoxalement au
nom de sa trop grande sensualité qu'elle est, depuis toujours, sous la
surveillance des pouvoirs et livrée à l'interdit. Pour que se construisent
langages, systèmes et instruments, il a fallu maîtriser le temps et
condamner corps et souffle ; les musiques de l'oralité ont été mises
au ban de la Musique, subissant ostracisme et anathèmes au nom de
l'indécence païenne. Et aujourd'hui, encore victimes de la définition
obsessionnelle du traditionnel et restées à l'écart des recherches
compositionnelles, elles sont soumises malgré elles à leur propre mise
en patrimoine, et offertes, sans défenses, aux médias.
Aussi, qu'elle relève des courants savants, identifiés et datés, ou que ses
origines soient plus floues et se perdent dans les longues histoires de
l'interculturalité, la musique renvoie toujours à la même interrogation :
pourquoi le phénomène sonore, a priori neutre, est-il à la fois jeu et
enjeu des pouvoirs, indépendamment de l'époque, et comment se
transforme-t-il la plupart du temps en arme idéologique efficace ?
Les Pouvoirs de la musique sont un montage de textes sur l'ambiguïté
des rapports qu'entretiennent le musical et le politique. Parce que
l'Histoire a fait de l'île un laboratoire exemplaire, la Corse figure ici
comme une métaphore emblématique de toute relation aux pouvoirs.