Pleure, ô reine de Saba ! : histoires de survie et d'intrigues au Yémen

Femme au caractère bien décidé, Khadija al-Salami a été
formée à la rude école des décapitations publiques et des
roquettes qui fauchent des innocents. Dans une société maîtrisée
par les hommes, elle a su se faire une place, exister,
être respectée au point de représenter aujourd'hui son
pays à l'étranger.
C'est sa vie qu'elle nous raconte ici. Enfance pauvre à
San'â dans les années 1960, études suivies avec acharnement,
bourses pour l'étranger, travail à la télévision yéménite.
Au fil de moments burlesques dans les villages de montagne
ou de dettes de sang réglées en territoire bédouin,
le lecteur deviendra familier d'un pays fort méconnu, de son
peuple et de son histoire, tout en frémissant sur le destin
des petites filles qu'on marie à onze ans, ou en lisant l'épisode
du viol d'une jeune femme qui la condamne à mort.
Les hommes ne sont pas absents, avec leurs querelles personnelles
finissant en conflits tribaux, les vengeances entre
familles qui jouent un rôle dans la politique nationale.
Pour introduire un personnage dans son récit, homme
politique notoire ou parent éloigné, Khadija al-Salami évoque
les imams bornés, mais aussi la prise de position du
Yémen dans le conflit irakien, en passant par le marxisme
du Yémen-du-Sud, la révolution des années 1960, l'intervention
de Nasser au Yémen et le jeu des puissances occidentales.
Le cadre, somptueux ou âpre, est celui d'un pays
qui en a fait rêver plus d'un : maisons superbes de San'â,
villages perchés, plaine étouffante de la Tihâma, et le désert
des environs de Ma'rib, là où vivait la reine de Saba.