Clinamen : flux, absolu et loi spirale

Dans les flux. De capitaux, de travailleurs et d'images, on est dans les flux, jusqu'au
cou, par-dessus la tête, plus un cheveu au sec, nous voilà emportés, submergés, ça
coule ça flue, ça change sans cesse et partout, et il faudrait vite se changer pour
s'adapter à la nouvelle transformation en cours, la mégamachine techno-capitaliste
impose de nouvelles marchandises auxquelles il n'est pas donné la possibilité de
durer, soyez flexibles nous dit-on, devenez liquides afin de participer activement à la
grande liquidation en cours. Cette auto-description néolibérale de l' hydroglobe
semble juste - mais jusqu'à quel point ?
Jusqu'au point d'inertie , où le marché financier s'immobilise et les individus ne cessent
de devenir à l'identique. Derrière notre vie liquide coule notre vie pétrifiée. Là
où nous continuons secrètement à croire au substantiel et à l'absolu - à l'intègre.
Congédiée par la porte analogique, la transcendance fait retour par les flux numériques
- les flux absolus , qui nous assurent de rester tranquillement à demeure
dans le même fleuve. La production des flux intégraux implique pourtant, inévitablement,
la destruction écologique des flots. Plus nous nous croyons immortels,
plus nous dépérissons. Comment rendre compte de ce processus de substitution
intégrale , qui fait que l'endommagement du monde n'entame pas notre croyance
dans l'absolu ? Sommes-nous condamnés à machiner de l'indemne , à refuser notre
vulnérabilité ?
Contre les flux canalisés, il nous faut remotiver la loi spirale , l'imprévisible clinamen
qui enroule les êtres loin de tout équilibre stable. Chaque existant est un écart
originaire vis-à-vis de normes qui sont elles-mêmes des écarts. Se dégage ainsi
la perspective vitaliste de ce livre, son double front : contre l'absolu substantiel,
dés-intégrer ; contre les grandes liquidités, trouver de nouveaux partages, de
nouvelles rives, d'autres métaphores.