L'essentiel dans le presque rien

Tout entier tourné vers les grands événements de notre vie, notre
regard délaisse les petits riens de l'existence, cette expérience de tous les
jours qui semble trop manquer d'épaisseur. Ce qui est banal, sans surprise,
ces presque riens de l'existence ne sont plus perçus mais infra-perçus. Parce
qu'ils vont de soi. Qu'est-il besoin d'interroger ce qui va de soi ? Mais la
pensée court là le risque de tourner en rond : nous n'interrogeons pas l'habituel
précisément parce qu'il ne nous pose pas question, il ne s'inscrit pas
dans des enjeux de sens.
Si pourtant l'humanité était inscrite dans le détail ? Différents regards
(anthropologique, philosophique, éthique, artistique, médical) captent
cette étrange idée. Cette pensée du détail nous extrait d'une modalité
saturante du sens dans notre rapport au monde. Au fil des ces petits riens
de l'existence, se dessine notre façon d'être au monde et aux autres. Ces
gestes ou paroles habitués, sans enjeu, en-deçà de toute nécessité de sens,
gratuits, forment ce «surplus» de notre humaine façon d'habiter le monde.
L'acte d'exister devient alors une question de détails.