Le miasme et la jonquille : l'odorat et l'imaginaire social, XVIIIe-XIXe siècles

À partir de 1750, on a peu à peu cessé, en Occident,
de tolérer la proximité de l'excrément ou de l'ordure,
et d'apprécier les lourdes senteurs du musc.
Une sensibilité nouvelle est apparue, qui a poussé
les élites, affolées par les miasmes urbains, à chercher
une atmosphère plus pure dans les parcs et sur les
flancs des montagnes. C'est le début d'une fascinante
entreprise de désodorisation : le bourgeois du
XIX<sup>e</sup> siècle fuit le contact du pauvre, puant comme
la mort, comme le péché, et entreprend de purifier
l'haleine de sa demeure ; imposant leur délicatesse,
les odeurs végétales donnent naissance à un nouvel
érotisme. Le terme de cette entreprise, c'est le silence
olfactif de notre environnement actuel.
Chef-d'oeuvre de l'histoire des sensibilités, Le Miasme
et la Jonquille a été traduit dans une dizaine de langues.