Montherlant et Camus anticolonialistes

Montherlant «a régné sur ma jeunesse» confiait Camus à un journaliste en
1951. Montherlant et Camus ! Le rapprochement peut surprendre, pourtant ils étaient
liés par une admiration réciproque : en rapprochant leurs textes sur l'Algérie, on
s'aperçoit que l'on pourrait même confondre les deux auteurs, lorsqu'ils évoquent
leur solitude d'anticolonialistes précurseurs.
L'anticolonialisme hante toute l'oeuvre de Montherlant, de ses premiers écrits sur
la colonisation française au Maroc en 1927, jusqu'à son dernier roman, Un assassin
est mon maître (1971).
L'engagement d'Albert Camus est largement reconnu aujourd'hui ; il n'en a pas
toujours été ainsi. L'ensemble de ses écrits, Misère en Kabylie, L'Exil et le Royaume,
Le Premier Homme... manifeste la constance et la fermeté de ses convictions. Camus
dénonce l'injustice, la pauvreté et le mépris dont sont victimes les Arabes et, dans
son ultime ouvrage inachevé, il prend la décision d'arracher à l'oubli les muets , les
bâillonnés, Algériens et Européens, sans-terre, méprisés, proscrits, exilés... La mort
l'empêchera d'accomplir ce grand projet.
L'auteur, puisant dans des archives et des ouvrages et périodiques français ou
étrangers négligés, s'est efforcé de donner un nom et un visage à quelques-uns de ces
muets de l'histoire dont Albert Camus disait : «Ils sont plus grands que moi».
La longue durée peut-elle apaiser les obsessions postcoloniales de part et d'autre
de la Méditerranée ? L'auteur de cet essai, qui a longtemps vécu en Algérie, en est
convaincu.