Cultures & conflits, n° 53. Surveillance politique : regards croisés

En ces temps où être mieux surveiller semble contenter le plus grand nombre,
où le recueil des données biométriques s'institutionnalise sans heurt, il importe de revenir
sur la surveillance d'Etat. Se résume-t-elle à l'image de l'oeil inquisiteur ? Derrière "l'oeil
du pouvoir" qu'elle évoque dans nos imaginaires, elle est d'abord un rouage, parmi
d'autres, des mécanismes de pouvoir et des modalités infinitésimales de son exercice.
Appareillage technique articulé qui place ses cibles dans un champ de visibilité, elle redessine
l'économie des savoirs mobilisés dans les luttes politiques. Au travers de ses agents et,
désormais, de systèmes électroniques d'observation, la surveillance politique fonctionne
selon une logique de visibilisation/invisibilisation. Jamais avouée mais toujours sciemment
invoquée, elle agit en marge, voire en dehors des règles de droit. Elle pose aujourd'hui la
question des pratiques illibérales dans des régimes libéraux.
Ce numéro explore l'imaginaire et les pratiques de surveillance, les procédures d'archivage
et de constitution d'un savoir particulier. En confrontant les travaux d'historiens, de
politistes et de sociologues, il se propose de mettre en lumière les relations entre surveillance
politique, constitution et maintien des formes légitimes d'exercice du politique
dans nos sociétés. En croisant différentes expériences, françaises et étrangères, passées et
présentes, les auteurs de ce numéro s'interrogent sur le rôle méconnu des agences de sécurité
dans l'avènement d'un ordre politique démocratique.