Connaissance des Pères de l'Eglise, n° 117. Le judéo-christianisme

«Les premières convictions concernant Jésus et, en
correspondance avec elles, la dévotion envers lui qui
connurent une si large expansion au premier âge chrétien,
furent assez solides pour nourrir les efforts vigoureux et soutenus
déployés pour articuler la foi chrétienne en formulations
doctrinales convaincantes.
De plus, dans les cercles des adeptes du 1<sup>er</sup> siècle, la dévotion
à Jésus considéré comme divin a éclaté de façon soudaine et
rapide, non pas de manière graduelle et tardivement. Pour être
plus précis, les origines se situent dans les cercles chrétiens et
juifs des toutes premières années. C'est confondre ses désirs
avec la réalité que de vouloir expliquer encore la vénération de
Jésus comme divin par l'influence décisive de la religion païenne
et par l'afflux des convertis du paganisme, et de la caractériser
comme un développement tardif et progressif. Bien au
contraire, la dévotion à Jésus comme le "Seigneur" à qui l'on
devait un culte d'adoration et une totale obéissance était largement
répandue ; elle n'était point limitée ou imputable à des
cercles particuliers, tels les "hellénistes" ou des chrétiens de
la gentilité appartenant à un supposé "culte du Christ" syrien.
Au milieu de la diversité du christianisme à son premier âge,
la foi dans le statut divin de Jésus était un fait étonnamment
commun [...].
En outre, en dépit de la diversité, il est tout aussi évident que
Jésus tenait la place centrale dans toutes les formes de christianisme
au premier âge, proto-orthodoxes ou autres, dont nous
puissions fournir une description un peu assurée. Cette centralité
de Jésus et le caractère unique de son statut dans les différentes
convictions religieuses des chrétiens du premier âge appelaient,
presque inévitablement, une nouvelle conception de Dieu [...].
L'ensemble de l'enseignement chrétien proto-orthodoxe sur
Dieu intégrait de façon critique de nouveaux éléments. Les
chrétiens professaient certes avec force l'allégeance unique
au Dieu de l'Ancien Testament et leur monothéisme exclusif a
affronté parfois l'épreuve des menaces de mort. Mais ils n'en
ont pas moins postulé aussi, comme appartenant de quelque
manière au Dieu unique qu'ils adoraient à l'exclusion de tout
autre, une pluralité réelle et radicale, au départ centrée davantage
sur le "Père" et le "Fils". Cela signifie que la plus ancienne
foi chrétienne en Jésus a contribué à modeler littéralement le
monothéisme hérité de la tradition juive ou biblique, en prenant
tout d'abord les choses dans une perspective "binaire", même si
par la suite c'est un modèle trinitaire qui s'imposa.»