Et elles passèrent sur l'autre rive

"Ne t'acharne pas à remonter le
fleuve, Éléonore, adhère à l'instant
fugitif. Ne reste pas prisonnière de
l'étroitesse du "non". La vie est riche si
on ne la met pas en cage, si au lieu de
vouloir obstinément suivre la ligne
droite, rigide, nous acceptons le
charme des sentiers de traverse, la
main tendue, une Providence aussi
imprévisible que certaine. Elle sera
toujours là, quelque part au détour du
chemin, mais rarement où nous le
prévoyons dans notre orgueilleuse
vanité.
Je t'attends, et tu viendras Éléonore,
car je te rassure, je peux te
réinstaller dans une terre ferme ; pas
définitivement certes, mais juste pour
le pas qui va suivre le précédent...
Nous ne tenons entre nos mains que
l'instant présent, et c'est celui-ci qu'il
te faut vivre avec plénitude et ferveur.
La suite ne t'appartient pas, tu n'as
besoin que d'un signe discret pour te
mettre en marche."
Lyon, 1245 : le concile va
bientôt commencer et la ville
est en effervescence. En
marge de ce que l'Histoire
a retenu, deux femmes
traversent humblement
leur destinée.
Mathilde, après
un lourd passé s'est
retirée au monastère
bénédictin de l'île Barbe.
Non loin de cette recluse
et guidée par elle, Éléonore
s'efforce de retrouver
confiance en la vie malgré
sa souffrance de ne pouvoir
concevoir un enfant.
Un pèlerinage à Conques,
sur le chemin de Compostelle,
lui fera connaître l'autre
face d'elle-même. Ce sera
avant tout une marche
vers l'espérance.
Bel itinéraire spirituel
de ces femmes du XIII<sup>e</sup> siècle
qui font écho à ce que
nous sommes aujourd'hui.
L'inquiétude, l'isolement,
l'aspiration à l'amour sont
des sentiments intemporels.
La quête de sens, la soif
d'absolu, la recherche
de Dieu traversent les âges.
Au fil des pages,
ces murmures d'un autre
temps nous conduisent
à la paix intérieure.