Les chemins inutiles

Alors, le ciel prit soudain une autre couleur, celle du danger, et le
voyage un autre goût, celui du sang. Désormais, la mission était
frappée du sceau de la terreur. Un quart d'heure plus tard, notre
voiture roulait vers l'inconnu. Le paysage était féerique, irréel,
des barrages militaires étaient dressés tous les cinq kilomètres,
et les soldats, de jeunes recrues, vérifiaient, avec zèle, les rares
véhicules qui s'aventuraient dans ces contrées perdues, oubliées
de Dieu et des hommes. Leur présence nous rassurait, mais la
fatigue commença à préparer son lit. J'étais sous l'emprise d'une
extrême tension nerveuse, surtout après les confidences de
Kader. La route défilait paresseuse, ses virages nous narguant et
le paysage, indifférent à notre présence.