L'invention nationaliste en Bolivie : une culture politique complexe

Penser l'invention nationaliste en Bolivie, c'est accepter d'emblée que la culture
politique bolivienne soit le produit d'un incessant dialogisme, fait de paradoxes et de
syncrétismes, de contradictions et de compromis, d'oppositions et de complémentarités
entre les cultures endogènes et les cultures exogènes, entre les différentes couches de
cultures importées (du christianisme hégémonique au marxisme-léninisme en passant
par l'idéologie des Lumières), et aussi entre les différentes superpositions de cultures
indigènes (du centralisme communautaire de l'Empire inca à la démocratie chola
émergente dans les quartiers des villes modernes en passant par le système de valeurs
créole).
La Bolivie concentre tous les ingrédients qui font d'elle une «nation désarticulée»
- n'a-t-on pas dit que sa seule existence relève du miracle ? En réalité, la Bolivie puise
sa vitalité dans sa capacité à absorder les tensions et à inventer des postures inédites,
par exemple, entre les idéologies universelles et des pratiques territoriales. L'invention
démocratique est le fruit de l'articulation entre de nouveaux modes de représentation
(élection) et des modes anciens (le cabildo abierto ). En perpétuelle ébullition, la
Bolivie invente ses propres réponses à des questions qui se posent, hier et aujourd'hui,
à la plupart des pays latino-américains : comment construire sa communauté de
citoyens ? Comment fabriquer son territoire national ? Comment inventer son modèle
de développement ?