Voyer d'Argenson et le cheval des Lumières

Le cheval est au centre de toutes les activités de Marc-René de Voyer
d'Argenson (1722-1782), à la fois général et inspecteur de la Cavalerie, directeur
des Haras et grand propriétaire terrien. Descendant d'une très ancienne
famille ayant choisi de servir le Roi dans ses administrations publiques, le
cheval est pour lui tout à la fois produit, fonction, enjeu politique et compagnon
de son quotidien. Étant à part entière un homme des Lumières, un
temps de contestations et d'innovations où la vitesse est devenue une priorité
dans de nombreux domaines, il a compris plus tôt que d'autres l'intérêt
que représente pour la France ce nouveau cheval qu'est le racehorse anglais
et s'en fait le promoteur dans son vaste haras des Ormes. Un pari sur l'avenir
dont il connaît à la fois la complexité et les risques : ceux relatifs à la
durée, à la difficulté de faire porter un regard non partisan sur cet autre cheval,
sur une nouvelle manière de produire qui ne soit pas utopique. Sans
vouloir faire du cheval qui galope l'exemple type d'une économie de marché
alors en pleine expansion, il est évident que cet aristocrate, issu d'une
famille de très ancien lignage, a vite compris comment la valeur ajoutée de
la filiation prouvée et de l'épreuve enregistrée faisait entrer le cheval «de
sang» dans l'économie capitaliste.