Alternatives Sud, n° 3 (2017). Accords de libre-échange : cinquante nuances de marché : points de vue du Sud

Point de vue du Sud
TTIP, CETA, NAFTA, TPP, RCEP... Autant de sigles, qui soulèvent une
opposition grandissante, y compris, depuis peu, en Europe. Paradoxalement. ce rejet vise ce que l'Union européenne met en place, depuis des années, dans le Sud. Au vu des limites et de l'impasse des négociations au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), les accords de libre-échange se sont, en effet, multipliés. Ils permettent
d'aller de l'avant, en contournant les oppositions, en divisant les blocs
régionaux et en accentuant les rapports de force inégalitaires. Cette
multiplication s'est doublée d'une reconfiguration ; sont ainsi apparus
les méga-accords, qui couvrent une surface géographique plus étendue et un champ qui va bien au-delà de l'économie.
Ces accords soulèvent nombre de questionnements. Les tribunaux
privés d'arbitrage constituent ainsi la partie la plus évidemment
contestable d'un montage politico-économique. Lieu et instrument
d'une néolibéralisation du monde, c'est à la fois le processus même
de ces accords - négociés dans le secret, sous la forte pression
combinée d'États et de lobbies privés leurs impacts - l'accès aux
ressources naturelles, aux services sociaux de base, aux médicaments
et aux semences... - et leur logique - la subordination de l'espace public
et de la souveraineté politique -, qui sont contestés. Certains acteurs
sociaux - les paysans, les indigènes, les femmes et les travailleurs
en général-, frappés de plein fouet, sont aussi celles et ceux qui portent
la résistance et l'espoir d'une alternative.