L'identité joola en question (Casamance) : la bataille idéologique du MFDC pour l'indépendance

L'identité joola en question (Casamance) : la bataille idéologique du MFDC pour l'indépendance

L'identité joola en question (Casamance) : la bataille idéologique du MFDC pour l'indépendance
Éditeur: Karthala
2011404 pagesISBN 9782811104481
Format: BrochéLangue : Français

Depuis les grandes monographies de Louis-Vincent Thomas en

anthropologie et de Paul Pélissier en géographie humaine parues dans

les années 1960, les sociétés jóola ont fait l'objet de multiples travaux :

historiens, ethnologues, sociologues, géographes, linguistes, juristes se

sont succédé sur le terrain pour en explorer tour à tour telle ou telle

facette, telle ou telle micro-région. Dès les années 1970, une première

génération d'intellectuels natifs de la région réfléchissait sur les institutions,

les traditions orales et les rituels villageois. Le conflit casamançais

qui a éclaté en 1982, en focalisant l'attention de nombreux chercheurs

sur les ressorts de la rébellion et la représentation des différentes

populations au sein du MFDC, a semblé renvoyer à d'autres lunes l'intérêt

et l'opportunité de poursuivre des recherches ethnographiques. Par

la voix des idéologues du mouvement indépendantiste se répandait une

nouvelle vulgate, construite sur des héros historiques, un royaume et

une onomastique. Depuis 2002, date à laquelle Paul Diédhiou a soutenu

sa thèse, d'autres travaux ont enfin exploré la question de la construction

historique et politique d'une «identité jóola ».

Du lutteur, dont l'intellectuel natif du village est devenu la figure

alternative comme porte-flambeau du village, Paul Diédhiou a toute la

pugnacité. Ainsi s'attaque-t-il de front aux discours identitaires postulant

une sorte d'identité essentielle et d'unité commune à tous les Jóola ,

en les soumettant à une double critique : il rapporte ces arguments aux

trajectoires sociales de leurs auteurs, villageois diplômés et émigrés en

ville, d'une part, et, de l'autre, à la manière dont les habitants définissent

eux-mêmes la nature et les limites de leurs appartenances. L'originalité

et la véritable pertinence de son travail sont précisément de mettre

en regard les conditions historiques de l'émergence de cette entité

« jóola » avec les modes locaux d'identification et de différenciation.

C'est en partant des catégories endogènes, à commencer par l'interdit

de crime sanglant entre co-villageois, et des modalités instituées d'interrelations

entre unités villageoises (coopération rituelle vs guerre) qu'il

redessine les frontières, toujours mouvantes, entre identité et altérité.

Loin de jouer au héraut villageois ou de faire valoir sa position de

chercheur «issu du milieu», il analyse avec une grande lucidité les

fractures et les oppositions, ravivées par la guerre, entre habitants de la

région.

Extraits de la préface d'Odile Journet-Diallo

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