Bacchanales modernes ! : le nu, l'ivresse et la danse dans l'art français du XIXe siècle

Au XIX<sup>e</sup> siècle, l'imaginaire de Bacchus, du vin, de l'extase et de la danse exaltée fournit
à l'art une foisonnante source d'inspiration. En France, la recrudescence surprenante
du thème de la bacchanale révèle notamment les ambitions d'une société en rapide
métamorphose, d'un monde tourné vers la célébration des plaisirs terrestres et des joies
matérielles. Investis par cette vague d'ivresse créatrice, les artistes se laissent pleinement
emporter par l'imaginaire fascinant du dieu antique et de ses suivants, faunes, nymphes,
satyres ou bacchantes. Ce sont alors les nombreuses résurgences de la bacchanale dans
la peinture, la sculpture, mais aussi la littérature, la musique, la danse et le cinéma - de
l'époque romantique jusqu'au début du XX<sup>e</sup> siècle - que cet ouvrage souhaite explorer,
afin de révéler les multiples enjeux de cet éclatant retour vers l'univers de Bacchus.
L'Antiquité, dont l'étude et le souvenir nourrissent l'imagination des poètes et des artistes,
de Leconte de Lisle à Gustave Moreau, est le point de départ, la référence toujours évoquée,
mais, au XIX<sup>e</sup> siècle, les sujets bachiques s'affranchissent rapidement de l'héritage du
passé pour autoriser l'expression de formes et de sujets de plus en plus audacieux et
troublants. C'est alors la figure de la bacchante, tour à tour prêtresse mystérieuse, femme
fatale ou nymphe sensuelle, qui permet plus particulièrement la mise en scène du corps
féminin dans tous ses états : érotisé, hystérique ou libéré, ainsi que le dévoilent les
oeuvres de Pradier, de Corot, de Rodin ou de Bourdelle.
Enfin, c'est dans la frénésie de la danse, scandaleuse comme celle que Carpeaux sculpte
sur la façade de l'Opéra Garnier, contagieuse comme celle chantée par Offenbach,
ou libératoire comme dans les chorégraphies d'Isadora Duncan, que s'accomplit
l'assimilation du motif antique à de nouvelles préoccupations esthétiques, sociales et
culturelles. La bacchanale, en véritable avatar des moeurs contemporaines, vient ainsi
révéler les facettes cachées d'une époque tiraillée entre norme et transgression, entre
raison et imagination, là où le mythe se transforme en fantaisie moderne.