Le rêve de Schultz

En 1935 en Allemagne, à l'âge de 51 ans, Johann-Heinrich
Schultz fait paraître dans la revue de la
Société de Psychothérapie, prise en main par le
nouveau régime et dirigée par Mathias Goering,
le récit d'un rêve qui se répète sur plus de vingt ans :
rêve d'un «double» qui s'éloigne et se détache : «Je
vois en rêve, tous les trois à six mois, mon ami qui
vieillit avec moi... Intérieurement, il s'est totalement
séparé de moi, au point qu'il me reconnaît encore
à peine.» Ce rêve est le point de départ d'une remarquable
lecture de la vie de Schultz entre relaxation,
hypnose et psychanalyse, au moment de la prise de
pouvoir du parti nazi qui prône l'unité psychosomatique,
fantasme d'une pureté originelle.
Il nous fait découvrir un extraordinaire personnage,
J-H Schultz, frère de remplacement d'un jumeau mort
deux ans plus tôt, dont il portera le prénom, qui est
aussi celui du père ; marié à une juive, mère de son
fils ; ayant pris pour analyste un didacticien portant le
même nom que lui et auquel il devra son adhésion au
national-socialisme. «Si pour les juifs Schultz était un
antisémite, il était pour les nazis un demi-juif : il sera
toujours l'homme de l'entre-deux, de la trahison.»