Droit de cité : un roman de la banlieue

Qu'est-ce qui m'a amenée dans le bureau de Mourad, au pied
de la grande tour en cette journée de mai 82 ? Moi, Anne-Marie
Seguin, documentaliste de profession, j'accompagnais un réfugié
soudanais qui avait déposé ses papiers à ce Centre. Mourad y
faisait un de ses numéros de soutien scolaire dignes d'un homme-orchestre,
au moment de notre arrivée. Je n'en suis toujours pas
revenue, mais j'ai adhéré aussitôt que Mourad m'a demandé d'y
travailler en bénévole. C'est comme ça que je suis devenue une
intime de la Cité, qu'elle m'a transformée et que, bien
modestement, j'ai pu ajouter mon petit zest à son évolution.
Tout est pourtant fiction dans le récit que nous livre l'auteure.
Américaine, elle a connu des milieux variés, après avoir hébergé
des gens de la rue dans les années 70 et collaboré à une
association d'aide aux réfugiés, ensuite. Si elle a choisi de nous
entraîner dans une cité à dominance algérienne et musulmane,
c'est parce qu'elle s'est engagée dans le dialogue islamo-chrétien
depuis quelques années. Ce qu'elle imagine ici est un «dialogue
de vie» plus immédiat, et peut-être plus convainquant par son
côté témoignage, qu'une enquête sociologique ou un
rapprochement théologique - ce à quoi elle s'est déjà essayée avec
un livre, l'Electrochoc spirituel : chrétiens - musulmans qui est
sorti en 2005 chez Salvator.