La popularité du football : sociologie des supporters à Lens et à Lille

Le football joué par ses experts est le spectacle sportif contemporain : rien
n'attire plus de spectateurs, rien ne mobilise autant de supporters, rien ne
déclenche autant de passions voire de déraisons dans cette immense cour de
récréation que forment les sports. Nous sommes nombreux à pouvoir
expliquer un tel engouement en parlant d'un apprentissage facile des règles du jeu,
d'une dimension festive, d'une médiatisation croissante. En appartenant aux
quotidiens d'un grand nombre de citoyens, le football s'est installé dans notre
société jusqu'à représenter une certaine forme de tradition. Mais cet attribut n'est
pas satisfaisant car il participe au tarissement des tentatives d'explication de
l'audience du football et contribue, insidieusement, à rendre illégitime le questionnement.
La sociologie de cette réussite ne manque pourtant pas de terrains en
friche : pourquoi les mobilisations partisanes sont-elles différentes d'un pays à
l'autre, d'une ville à l'autre, d'un stade à l'autre ? Pourquoi observe-t-on autant de
manières de vivre la passion du football ? Comment devient-on un supporter ?
Comment s'organise ce militantisme des temps modernes ? Ce livre existe à cause
de ces questions mais ces questions n'existent pas seulement pour éliminer les lieux
communs : le lecteur verra par lui-même si les résultats sportifs expliquent tout, si
l'accès facile à l'intelligence du jeu explique tout, si la médiatisation outrancière
explique tout. En progressant pas à pas dans l'univers du supporterisme, le lecteur
finira au coeur des engagements les plus militants c'est-à-dire au côté des plus
spectaculaires. Il découvrira alors que l'audience rime avec les déviances, qu'une
passion débouche parfois sur un désordre public manifeste, que la cour de récréation
peut se transformer en un terrain de jeux apparemment très sérieux. Comment
expliquer qu'une activité du temps libre accueille du comportement provocateur,
belliqueux et plus rarement fondamentalement violent ? Et pourquoi le continent
noir du supporterisme est-il habité par de jeunes passionnés ? Ceux-là sont-ils
annonciateurs de changements sociaux contrariants et inquiétants ? Ce livre existe
aussi à cause de ces questions. Il donne des réponses, débouche sur des incertitudes,
fait comprendre les mécanismes de l'identification, explique autrement une passion
collective des plus modernes mais ne plonge pas le supporterisme dans la
problématique de la psychologie des foules. Des enquêtes situées au plus près des
supporters lensois et lillois le montrent. Mais celles-ci ne sont-elles que de «petites
histoires» ou comportent-elles de quoi mieux comprendre les passions populaires
dans leur ensemble ?