Les Satires d'Horace et la comédie gréco-latine : une poétique de l'ambiguïté

On a souvent noté la filiation qu'Horace établit entre ancienne comédie et satire,
mais pour en limiter la portée. On a parfois relevé les emprunts d'Horace à la comédie
nouvelle ou au mime, mais sans en interroger la cohérence et la fonction.
Les liens qu'entretiennent satire et comédie sont finalement traités comme un lieu
commun, et à ce titre négligés. Or la place qu'Horace accorde aux différentes formes
de comédie est tout à fait nouvelle et éclaire la manière singulière dont il pratique le
genre. L'approche se veut ici à la fois historique, générique et stylistique.
Historique d'abord. Le satiriste fait l'éloge de la libertas de l' archaia et prétend
l'imiter : il fallait faire le point sur le contexte juridique du franc-parler à Athènes et
à Rome et revenir sur les connotations idéologiques de la libertas , terme à forte valeur
axiologique qui se charge à l'époque de toutes les contradictions octaviennes. Il fallait
par ailleurs montrer que certains débats moraux présents chez Ménandre, Plaute
ou Térence retrouvent toute leur actualité quand le mot d'ordre politique devient la
restauration du mos maiorum.
Générique ensuite. Horace articule entre elles toutes les formes de comédie :
il convenait donc de redéfinir les frontières ou l'absence de frontières, l'histoire du
genre comique à Athènes et à Rome étant faite autant de continuités que de ruptures.
Horace introduit la comédie à la fois pour réaffirmer et pour infléchir les codes de
la satire : il convenait d'interroger ces codes.
Stylistique enfin. L'ouvrage analyse la manière dont Horace joue avec les types, les
situations, les registres, les niveaux de langues et la métrique comiques pour articuler,
superposer, parfois confondre les différentes formes de comédie et créer une poétique
singulière, qui ne choisit jamais entre libertas et dialogue de bon ton, entre licentia
et conformité morale, entre outrance et modération : une poétique de l'ambiguïté.
Approches historique, générique et stylistique se nourrissent mutuellement : la poétique
de l'ambiguïté permet à Horace de réaffirmer les codes satiriques tout en les
infléchissant et d'inscrire le genre dans un contexte politique plein d'ambivalences.