Après le bonheur

La guerre, la violence, l'injustice sont partout. Et que fait
la ménagère ? La ménagère continue à éplucher son
concombre. Pire : au lieu de s'engager, de se politiser et de
lutter contre les dérèglements de la société, elle se paye
quelques moments de bonheur entre sa poubelle à couches
et le supermarché.
À côté d'elle, heureusement, des individus responsables se
sentent complices d'un monde en perdition. Déstabilisés
par un quotidien vide et morose, ils rêvent de changement
sans l'assumer, réclament des révolutions depuis leur
canapé, et se bourrent de tranquillisants face à la télé.
Car c'est là-bas, dans le petit écran, que se joue la vraie
vie, et non dans ce Disneyland géant qu'est devenue la
réalité.
À moins qu'il n'y ait plus de réalité du tout, qu'on soit
entrés dans des mondes parallèles et inconsistants, aux
formes plates et aux odeurs de bonbons chimiques.
Quelle désagréable expérience !
Il faut le reconnaître : la vie d'aujourd'hui est devenue
bien pénible. Loisirs à gogo, libertés en veux-tu en voilà, et
avec ça rien à faire pour occuper tout ce temps qui s'allonge
et ces vies qui n'en finissent plus. On serait plus à l'aise
enchaînés, fouettés, contraints. Mieux : carbonisés et
dispersés au vent parmi l'humus sauvage. (Dieu qu'il sent
bon, cet humus.)
Face à l'aliénation générale, ces quatre petits textes posent
la question de l'être au monde aujourd'hui. Avec humour, ils
cherchent à déstabiliser le lecteur, sans pour autant le provoquer,
creusant simplement quelques percées incongrues dans son
quotidien pour en faire sortir ce qu'il a d'inavoué, parfois aussi de
plus humain. Entre le suicide assisté et l'origine du camembert
coulant, la dépression et la tondeuse à gazon, il s'agit d'exercer notre
désir de comprendre et de s'émerveiller encore de l'éternelle
complexité humaine.
Pour tout vous dire, l'essentiel consiste à faire du sport et à
manger équilibré.