Le Séminaire. Vol. 18. D'un discours qui ne serait pas du semblant

Le Séminaire. Vol. 18. D'un discours qui ne serait pas du semblant

Le Séminaire. Vol. 18. D'un discours qui ne serait pas du semblant
Éditeur: Seuil
2007185 pagesISBN 9782020902199
Format: BrochéLangue : Français

Titre de prime abord énigmatique. Donnons le mot : il s'agit

de l'homme et de la femme - de leurs relations les plus

concrètes, amoureuses et sexuelles, dans leur vie de tous les

jours, oui, comme dans leurs rêves et leurs fantasmes. Cela

n'a rien à faire, bien entendu, avec ce que la biologie étudie

sous le nom de sexualité. Faut-il pour autant laisser ce

domaine à la poésie, au roman, aux idéologies ? On tente ici

d'en donner une logique. C'est retors.

Dans l'ordre sexuel, il ne suffit pas d'être, il faut encore

paraître. Cela est vrai des animaux. L'éthologie a détaillé la

parade qui précède et conditionne l'accouplement : c'est,

dans la règle, le mâle qui fait signe à sa partenaire de ses

bonnes dispositions, par l'exhibition de formes, couleurs,

postures. Ces signifiants imaginaires constituent ce que

nous appelons des semblants. On a pu aussi bien les mettre

en valeur dans l'espèce humaine, et y trouver matière à satire.

Pour y trouver matière à science, il convient de les bien distinguer

du réel qu'ils voilent et manifestent à la fois, celui de

la jouissance.

Celle-ci n'est pas la même pour l'un et l'autre sexes.

Difficilement localisable du côté femme, et à vrai dire diffus

et insituable, le réel en jeu est, du côté homme, coordonné

à un semblant majeur, le phallus. D'où il ressort : que,

contrairement au sens commun, l'homme est l'esclave du

semblant qu'il supporte, tandis que, plus libre à cet endroit,

la femme est aussi plus proche du réel ; que rencontrer

sexuellement la femme est toujours pour l'homme mettre le

semblant à l'épreuve du réel, et vaut comme «heure de vérité» ;

que, si le phallus est apte à signifier l'homme comme tel,

« tout homme », la jouissance féminine, pour n'être « pas-toute »

prise dans ce semblant, fait objection à l'universel.

Dès lors, une logique est possible en effet, si l'on a le nerf

d'écrire ainsi la fonction phallique, (...) ( x ), et de formaliser les

deux modes distincts, pour un sujet, de se sexualiser, en s'y

inscrivant comme argument. Cette élaboration demande : de

passer outre les mythes inventés par Freud, l'OEdipe et le

Père de la horde ( Totem et tabou ) ; de mobiliser Aristote,

Pierce, la théorie de la quantification ; d'élucider la vraie

nature de l'écrit, en passant par le chinois et le japonais.

Au terme du parcours, on saura donner sa valeur exacte à

l'aphorisme lacanien : «Il n'y a pas de rapport sexuel.»

Jacques-Alain Miller

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