L'historiographie romantique : actes du colloque

Après les tempêtes de la grande Révolution française, après l'ouragan
napoléonien, le début du XIX<sup>e</sup> siècle s'est mis à considérer l'Histoire d'un oeil
particulièrement attentif. Non seulement vient le temps des grands philosophes
de l'Histoire (Burke, Hegel, Marx) mais toute la littérature, tous les arts se
retrouvent dans ce culte du passé, dans une méditation sur le présent ;
l'historicisme pictural, les pastiches architecturaux, l'éclosion du "grand opéra"
sont les marques de ce goût qui accompagne la naissance d'une philosophie,
la création de diverses écoles d'historiens.
De surcroît la France affiche une singularité qui n'est pas sans analogie
avec notre temps d'aujourd'hui. Recrue d'épreuves, peinant à retrouver un rang
dans le concert des nations, se modernisant, dans tous les domaines, à grand'
peine, notre pays se signale par une brillante école d'historiens ; mais quels
historiens ! souvent ils sont aussi ministres, politiciens (Guizot, Thiers),
très souvent ils sont intellectuels, poètes, mais tentés par la politique et l'action
(Chateaubriand, Hugo) ; tous, en tout cas, illustrent un visage du Romantisme
que les actes de ce colloque veulent souligner.
Parler d'Historiographie romantique implique-t-il de soutenir que le romantisme
a eu une influence décisive sur l'écriture de l'Histoire ? Ne serait-ce pas
plutôt que les historiens de la première moitié du XIX<sup>e</sup> siècle ont eu une représentation
des siècles passés bien différente de celle qui prévalait auparavant,
qu'ils ont épanoui là une inspiration proprement romantique ?
Voilà ce que se sont demandés les auteurs des 23 communications reproduites
dans ce volume ; les uns parlent en historiens, les autres sont des spécialistes
de la littérature. Il est vrai que les écrivains étudiés ici ont un vrai goût pour
l'histoire, tandis que les historiens analysés ont souvent des ambitions littéraires.
Victor Hugo n'affirme-t-il pas, à propos de l'Histoire d'un crime, "ce sera un livre
d'histoire et on croira lire un roman" ? tandis que Chateaubriand introduit
des extraits de pièces officielles dans ses Mémoires d'Outre-Tombe. Guizot
préférait-il son siège de ministre ou son fauteuil à l'Académie française ?
quant à Michelet il semble que, bien longtemps avant Barthes, on ait aimé
ses livres surtout parce qu'ils étaient écrits d'une plume épique et enthousiaste.