Pourquoi dors-tu, Jonas, parmi les jours violents ? : poème pour le théâtre

J'ai habité toutes sortes de chambres. Je passais là,
inconnu. Puis j'ai vu tout le remue-ménage dans le
monde, vivant ici ou là, pour prendre la mesure du
désastre. Mais certains ne veulent pas voir le désastre
qui s'annonce. Surtout pas. Je regardais la route, je cherchais
d'autres chemins. Je voulais la route. J'ai toujours
voulu la route. Tourné le dos à ce désastre qui est aussi
le mien. J'ai quitté le village pour entreprendre de lents
détours. Je me suis installé dans vos villes qui sont devenues
des enfers. J'ai vu vos agissements de fourmi. Siècle
de fourmis, de petits boutiquiers. Où est le coeur, où est
l'âme, où sont la joie et le rire ? Où est l'amour, l'amour
des gens, des plantes, des animaux, du Vivant ? Où est
l'amour fondu dans vos pièces d'or ? Où est la lenteur
sous les roues de vos automobiles ? Je pars car il n'y a
plus de lenteur dans votre ville, et l'homme, c'est le
génie, c'est la lenteur, c'est le regard qui boit le paysage.