Le désemparé

"Les filles de Fénigourd forment une assemblée particulière qui se réunit seulement les samedis, les dimanches ou lors des vacances courtes. Le dimanche, elles descendent la grand-rue en vagues, bras dessus, bras dessous, meute piaillante, caquetante. Les plus jeunes sont pensionnaires loin d'ici, dans des lycées "où on les visse". A mesure qu'elles grandissent, elles s'engagent invariablement dans les professions de secrétaire, institutrice, serveuse de restaurant, videuse de volailles sur les chaînes d'abattage, dans la plaine. Alors, avec leurs quatre sous et leurs doigts rouges de travailleuses, le dimanche, elles s'enlaidissent à loisir. Quand elles sont de retour au pays, elles boivent du pastis comme les hommes, s'oxygènent la chevelure, se juchent sur des talons compensés, se dissimulent sous leurs masques maquillés et chassent le mâle en rêvant d'enfants, sans envisager les varices".