Tarare... les nuits de la tonnelle

Ma bêche sur l'épaule, je me dirige vers les jardins. Conscient du bonheur de vivre chaque matin la magie de la naissance d'un nouveau jour, je siffle. Cet air, je n'arrive pas à m'en défaire. Sans cesse, à peine oublié, il me revient en tête depuis ce soir où, rentrant un peu gris, je l'ai volé sur les lèvres de Clémence.
Il faut dire que nous avions sacrement abusé de la bouteille. Oh ! Nous n'étions pas seuls à fêter les retrouvailles des anciens de la communale de cinquante huit. En effet, le jour du « certif » nous avions fait serment de nous retrouver tous les dix ans à la Tonnelle.
« Notre bande, sans jamais renoncer, a eu pour perpétuelle obsession de polir et de préserver cette perle rare qu'est l'amitié. Une amitié pure, sincère, désintéressée. Cette amitié, née d'un serment puéril de gosses, demeure telle qu'alors. Elle n'a jamais été trahie, elle est notre grande fierté, elle est nos peines, nos éclats de rires et nous berce comme le chant des sirènes »