The New York Times : l'intégrale des unes 1851-2009

Lire les "unes" du New York Times , c'est découvrir le monde à travers le premier
des journaux du monde.
Parce qu'il se veut « quotidien de référence » depuis 1896, le New York Times
a les moyens de son ambition. La salle de rédaction emploie 1 200 personnes.
À son réseau de correspondants aux États-Unis s'ajoutent vingt-six bureaux
étrangers. Ses rotatives crachent chaque jour un million d'exemplaires et, le dimanche, un million et demi. Son site
web attire vingt millions d'internautes par mois. Déterminé dès l'origine à se distinguer de la presse de caniveau, qui
était alors la norme, le journal publie, selon sa devise de "une", « Toutes les nouvelles dignes d'être imprimées ». Cette
couverture universelle (politique, diplomatie, arts, sciences, sports, mode...) et un style exempt de toute coloration
idéologique ont fait du New York Times un modèle pour chacun des pays où la presse est libre.
L'aventure commence avec Adoph Ochs, le fils d'un immigré juif de Bavière qui, obligé de travailler dès 14 ans dans
une imprimerie du «Sud profond», monte à New York pour y acheter un journal, le New York Times , qui est en train
de mourir. Ochs se démarque de la concurrence en privilégiant d'austères articles factuels qui vaudront au journal le
surnom de «Grey Lady» et... le succès.
Son gendre, Arthur Hayes Sulzberger, qui lui succède en 1935, poursuit la même stratégie d'excellence. Pendant la
Seconde Guerre mondiale, tous les matériaux nécessaires à la fabrication d'un journal sont rationnés : le papier,
l'encre, le plomb. En revanche, la publicité est abondante. Les autres journaux réduisent la place accordée à l'information
au profit des annonceurs. Sulzberger fait le contraire. Résultat : les Américains assoiffés de nouvelles sur les combats
de leurs GI, se précipitent sur le New York Times.
Les récompenses pleuvent : 101 prix Pulitzer. Plus que tous les autres organes de presse. Cyrus Sulzberger, le neveu
d'Arthur Hayes, reçoit le sien parce qu'il est devenu le confident de tous les grands. Notamment du général de Gaulle
auquel il consacre un livre : Le Dernier des géants. David Halberstam est distingué pour avoir expliqué comment « les
meilleurs et les plus brillants » des dirigeants américains se sont enlisés au Vietnam.
À chaque génération, la famille Sulzberger se montre à la hauteur. Ainsi Punch, le fils d'Arthur Hayes, face à Richard
Nixon en 1971 ! Quand, furieux que le New York Times ose publier en feuilleton les « papiers du Pentagone » (l'histoire
officielle mais secrète des mensonges de Washington sur la guerre du Vietnam), le président fait interdire par les tribunaux
la poursuite de la série, Punch tient tête. Il arrache à la Cour Suprême la levée de « l'injonction » de la Maison Blanche.
En 2003, lorsque l'on découvre qu'un reporter a plagié les articles de confrères de province, le New York Times révèle
en première page tous les détails de l'affaire. Et il ne se contente pas de la démission du traître. Le directeur de la
rédaction et le rédacteur en chef, pas coupables mais responsables, sont également poussés dehors.
Aujourd'hui, le New York Times est confronté à une crise économique sans précédent depuis 1929. La publicité est
en chute libre tandis que, du fait d'internet, le lectorat stagne. Mais, contrairement à d'autres magnats qui abandonnent
leur journal pour sauver leur fortune, la famille Sulzberger choisit la résistance. Quitte à vendre le siège du New York
Times , le gratte-ciel achevé en 2007 par le célèbre architecte Renzo Piano !
La formule d'Iphigene Sulzberger, la fille d'Adolph Ochs, reste d'actualité : « La force du New York Times, c'est que
nos journalistes ne sont pas de simples tailleurs de pierre. Ils bâtissent une cathédrale ».