Régie théâtrale et mise en scène : l'Association des régisseurs de théâtre, 1911-1939

Quand Voltaire débarrassait la scène des Comédiens-Français,
un équilibre nouveau s'imposait entre la scène et la salle. L'auteur
devait charger la mémoire des comédiens d'un faisceau de
recommandations destinées à conjurer un vide soudainement
révélé. Aux premiers temps du Théâtre-Libre, André Antoine
devait retrouver le problème du côté du metteur en scène. Le texte
théâtral ne se réduit donc pas au texte littéraire. Alors, doit-on,
peut-on conserver l'éphémère de la représentation ?
D'entrée de jeu, le choix est inéluctable.
Au XIX<sup>e</sup> siècle, les régisseurs de théâtre, en ordre dispersé,
relèvent le défi. Ils ouvrent entre Paris, la province et l'Europe
les chemins divers du nouveau théâtre français. Mutualistes
convaincus, ils constituent une association en 1911. Ils décident
alors de projeter, dans une période économique difficile, qui aurait
pu inciter au repliement sur les soucis quotidiens, une Bibliothèque
de mises en scène dramatiques et lyriques qui va favoriser la
circulation des oeuvres. Ils créent un véritable instrument de
travail pour le technicien ou pour le chercheur. Ils servent ainsi
l'avènement du metteur en scène et le triomphe de la mise en scène
de création qui les entraînent à un professionnalisme croissant.
Parallèlement, une distinction stricte s'opère entre le matériel
«historique», toujours emprunté, et le dépôt légal de la création
soumis progressivement à une règlementation rigoureuse. La
Bibliothèque de mises en scène témoigne de la validité du choix
initial, professionnel et résolument ouvert à des professionnels.
L'ouvrage de Françoise Pélisson-Karro, conservateur en chef
honoraire de la BnF, invite à entrer dans cet univers où se posent
des problèmes, intellectuels et humains, qui nous concernent
encore aujourd'hui.