L'année du rugby 2014

«Ils savaient que c'était impossible, alors ils l'ont fait.» On pourrait détourner
Mark Twain pour résumer la double épopée du RC Toulon de Jonny
Wilkinson en Coupe d'Europe et en Top 14, qui restera le fait marquant
de cette année 2014. Pour avoir échoué en 2013 dans les dernières minutes
de la finale face à Castres à la suite d'un premier titre européen, les Varois
étaient parfaitement conscients, en effet, de l'ampleur de la tâche qui les
attendait à l'aube d'une saison où le championnat domestique allait se révéler
plus intense et plus incertain que jamais.
Mais que dire de la jolie trajectoire des promus, Brive la vraiment gaillarde
et Oyonnax la pugnace ? De la tragique descente aux enfers de deux récents
champions de France, le Biarritz Olympique et l'USA Perpignan ? Du spectaculaire
trou d'air traversé par Toulouse ? Du début de saison poussif de la
puissante armada du Racing Métro, avant la fondatrice victoire à Toulouse
qui allait le mener en demi-finales ? De la montée en puissance de Montpellier
et de la résurrection du champion Castres, qualifié lors de la dernière journée
et une nouvelle fois au rendez-vous du Stade de France ? Tout cela est à ranger
au rayon des péripéties d'une Année du rugby 2014 tout entière repeinte
en rouge et noir par des Toulonnais en mission.
Pour la première fois depuis 1996 et le doublé de Toulouse, en des temps où
la Coupe d'Europe se jouait sans les Anglais et où le championnat hexagonal
connaissait les balbutiements du professionnalisme, un club est parvenu à
survivre aux écueils de quatre matchs de phases finales. Il le doit à l'extrême
qualité de son effectif, au savoir-faire de Bernard Laporte, à la puissance de
son pack, à la sobriété de son plan de jeu, et puis aussi à l'étoile qui brillait
dans les yeux de son capitaine Jonny Wilkinson, qui tirait là, et des deux pieds,
ses toutes dernières cartouches de joueur.
Bien sûr, par contraste, la trajectoire des Tricolores peut sembler bien terne.
Deux fois battue à l'automne par des All Blacks et des Springboks d'une grande
efficacité, rattrapée par ses doutes à Cardiff après avoir réussi à souffler, en
ouverture du Tournoi, la victoire aux Anglais sur un jubilatoire essai de dernière
minute - qui suffirait presque à tout lui pardonner -, la jeune équipe de France
de Philippe Saint-André avait su, malgré la défaite, clore la compétition sur
une note encourageante face aux Irlandais de Brian O'Driscoll, vainqueurs
de cette édition. Et puis, il y eut, pour boucler une trop longue saison, une
tournée qui devait lui permettre de se donner de nouvelles convictions, à défaut
d'une première victoire en Australie depuis 1990. Autant dire que, malgré
la très courageuse performance d'un deuxième test petitement perdu, ce fut
un fiasco. Mais si, à un an et demi du Mondial qui se tiendra en Angleterre,
les Tricolores, descendus à la septième place mondiale, laissèrent transparaître
un inquiétant désarroi collectif, ils compteront, comme toujours, sur «l'effet
Coupe du monde» pour rebondir à temps et, qui sait, pour gagner enfin,
puisqu'ils ne veulent pas savoir que c'est impossible.