L'année du rugby 2014

L'année du rugby 2014
Éditeur: Calmann-Lévy
2014109 pagesISBN 9782702155851
Format: ReliéLangue : Français

«Ils savaient que c'était impossible, alors ils l'ont fait.» On pourrait détourner

Mark Twain pour résumer la double épopée du RC Toulon de Jonny

Wilkinson en Coupe d'Europe et en Top 14, qui restera le fait marquant

de cette année 2014. Pour avoir échoué en 2013 dans les dernières minutes

de la finale face à Castres à la suite d'un premier titre européen, les Varois

étaient parfaitement conscients, en effet, de l'ampleur de la tâche qui les

attendait à l'aube d'une saison où le championnat domestique allait se révéler

plus intense et plus incertain que jamais.

Mais que dire de la jolie trajectoire des promus, Brive la vraiment gaillarde

et Oyonnax la pugnace ? De la tragique descente aux enfers de deux récents

champions de France, le Biarritz Olympique et l'USA Perpignan ? Du spectaculaire

trou d'air traversé par Toulouse ? Du début de saison poussif de la

puissante armada du Racing Métro, avant la fondatrice victoire à Toulouse

qui allait le mener en demi-finales ? De la montée en puissance de Montpellier

et de la résurrection du champion Castres, qualifié lors de la dernière journée

et une nouvelle fois au rendez-vous du Stade de France ? Tout cela est à ranger

au rayon des péripéties d'une Année du rugby 2014 tout entière repeinte

en rouge et noir par des Toulonnais en mission.

Pour la première fois depuis 1996 et le doublé de Toulouse, en des temps où

la Coupe d'Europe se jouait sans les Anglais et où le championnat hexagonal

connaissait les balbutiements du professionnalisme, un club est parvenu à

survivre aux écueils de quatre matchs de phases finales. Il le doit à l'extrême

qualité de son effectif, au savoir-faire de Bernard Laporte, à la puissance de

son pack, à la sobriété de son plan de jeu, et puis aussi à l'étoile qui brillait

dans les yeux de son capitaine Jonny Wilkinson, qui tirait là, et des deux pieds,

ses toutes dernières cartouches de joueur.

Bien sûr, par contraste, la trajectoire des Tricolores peut sembler bien terne.

Deux fois battue à l'automne par des All Blacks et des Springboks d'une grande

efficacité, rattrapée par ses doutes à Cardiff après avoir réussi à souffler, en

ouverture du Tournoi, la victoire aux Anglais sur un jubilatoire essai de dernière

minute - qui suffirait presque à tout lui pardonner -, la jeune équipe de France

de Philippe Saint-André avait su, malgré la défaite, clore la compétition sur

une note encourageante face aux Irlandais de Brian O'Driscoll, vainqueurs

de cette édition. Et puis, il y eut, pour boucler une trop longue saison, une

tournée qui devait lui permettre de se donner de nouvelles convictions, à défaut

d'une première victoire en Australie depuis 1990. Autant dire que, malgré

la très courageuse performance d'un deuxième test petitement perdu, ce fut

un fiasco. Mais si, à un an et demi du Mondial qui se tiendra en Angleterre,

les Tricolores, descendus à la septième place mondiale, laissèrent transparaître

un inquiétant désarroi collectif, ils compteront, comme toujours, sur «l'effet

Coupe du monde» pour rebondir à temps et, qui sait, pour gagner enfin,

puisqu'ils ne veulent pas savoir que c'est impossible.

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