Chômage et solidarité : les nouvelles inégalités

Nouveaux philosophes, nouveaux pauvres, nouvelles
solidarités et maintenant nouvelles inégalités...
Serions-nous devant un effet de mode dont la communauté
scientifique aime à se parer à des fins médiatiques ?
Ces nouvelles inégalités ne seraient-elles en fait que de nouveaux
habits vêtant une réalité ancienne et lui redonnant une
seconde jeunesse ? La qualification de nouveauté présenterait
en ce sens le grand mérite d'attirer les attentions sur un mode
de représentation de la société considéré depuis quelques
temps comme bien désuet. Ne convient-il pas au contraire de se
demander si elle désigne un phénomène singulier, inédit en
quelque sorte, qui se déroule sous nos yeux ? Les nouvelles
inégalités constitueraient en ce sens un outil conceptuel approprié
pour comprendre les transformations contemporaines
affectant nos sociétés développées. Mais de quelle nature
seraient alors ces mutations ? Concerneraient-elles les groupes
victimes ? Dans ce cas, cela signifierait qu'à une lecture stratifiée
de la société reposant sur des catégorisations en termes de
classes ou de catégories socioprofessionnelles et marquant
des différences d'accession à des biens succéderaient des
clivages opposant des groupes se différenciant sur une base
«biologique» (jeunes/âgés, hommes/femmes), sociopolitique
(nationaux/non-nationaux), économique (travailleurs/chômeurs),
sociale (inclus/exclus) ou symbolique (winners/loosers).
Serait-ce davantage les inégalités qui sont nouvelles ? C'est-à-dire
dans leur essence (on accorderait ainsi plus d'attention aux
inégalités de participation à la société qu'aux différences de
potentiel de consommation), dans leur statut (elles ne seraient
pas tant intercatégorielles qu'intracatégorielles) ou dans leur
procédure (elles procéderaient moins d'une défaillance du pacte
de progrès que d'un effondrement de la société d'assurance
faisant réapparaître le spectre de l'insécurité sociale que l'on
croyait avoir conjuré).