Derniers visages des dieux d'Egypte : iconographies, panthéons et cultes dans le Fayoum hellénisé des IIe-IIIe siècles de notre ère

En un siècle, les fouilles officielles ou clandestines dans la province égyptienne du
Fayoum ont produit un nombre important de tableaux de bois pris dans un cadre
et peints de divinités. Nous disposons aujourd'hui d'un corpus d'une cinquantaine
de ces tableaux, complets ou fragmentaires. Ils sont contemporains des portraits
de momies dits «du Fayoum», et autant qu'on puisse en juger, ont été peints au
II<sup>e</sup> siècle de notre ère.
Ces tableaux sont précieux pour l'histoire de l'art car ils offrent un témoignage
exceptionnel sur la peinture de chevalet telle qu'elle était pratiquée dans le monde
gréco-romain, et dont nous percevons l'importance grâce aux sources littéraires
classiques (Pline l'Ancien en particulier) consacrées aux chefs-d'oeuvre des grands
maîtres disparus.
Du point de vue de l'archéologie égyptienne, ils nous renseignent sur des changements profonds
dans la forme donnée aux cultes et aux rituels des temples, puisque ces tableaux fonctionnent
à la manière d'icônes. Ils montrent également - et surtout peut-être - comment une religion
aussi ancienne que la religion égyptienne, et aux codes de représentation aussi contraignants que
le canon pharaonique, a finalement pu accepter que l'hellénisme vienne changer radicalement
l'iconographie trois fois millénaire de ses dieux, transformant Sobek de profil et à tête de saurien
en un personnage barbu tenant son crocodile sur les genoux, tel Zeus son foudre.
Pour la première fois, ce corpus est présenté ici de manière raisonnée, avec photographie couleur et
fac-similé (Henri Choimet), ainsi qu'une description puis une analyse iconographiques. C'est ainsi
que plusieurs panthéons se dessinent, celui de l'antique Égypte côtoyant désormais celui des dieux
du monde gréco-romain ou encore celui de divinités adorées par une nation (les Arabès des textes
grecs ?) installée sur son territoire.