Jaime Siles : une poésie de la pensée et une pensée poétique

L'oeuvre de Jaime Siles oscille entre une poésie abstraite et philosophique sur
l'être et une poésie sensuelle, proche du discours «du» corps, concept fondateur
de nos travaux, autour duquel s'articulent les concepts de temps et d'espace. Tout
en nous focalisant sur ces concepts pour éviter de nous disperser, nous nous
attachons, dans une démarche philosophique, aux zones seuils où s'entrecroisent et
naissent diverses notions, afin de dévoiler une pensée en devenir et le processus de
formation d'un univers personnel et poétique. On comprend que le corps, le temps
et l'espace sont plus que des concepts et que cette pensée poétique tente de les
cerner, sans les couper de toute réalité. Le corps du texte, révélateur du chiasme de
la poésie et de l'homme, demeure le point d'ancrage de notre analyse. En outre,
bien plus qu'une simple théorisation, chez Siles, la dimension méta-poétique,
témoin d'une «torsion», d'un «retournement» sur soi du sujet détaché, en
apparence, du contexte historique, participe d'une réflexion ontologique sur
l'homme de notre fin de siècle et de tous les temps. De la sorte, la métapoésie ne
témoigne pas d'un repli sur soi mais révèle davantage une attention de la voix
poématique aux questions de la cité. Les liens que cette voix tisse avec la cité se
manifestent sous forme d'échos, évoquant un rapport au monde empreint du
souvenir de la nymphe mythique. Rupture et entrelacement deviennent alors les
signes d'un corps incarné dans la Chair du monde et du poème. Cette incarnation
implique une expérience du temps intrinsèque, véritable révélation, pour le corps
réel comme pour le corps du signe, de leur dimension désirante.