Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, n° 119-120. Migrations Sud-Sud

Migrer. Se mouvoir, se déplacer est devenu l'un des signes les
plus éloquent de la mondialisation. Que celles-ci se déclinent
par le bas, par le haut, le milieu ou encore par ses marges les
mobilités plurielles Sud-Sud incarnent le nouveau paradigme d'une
contre-mondialisation : celle des circulations contrariées des plus pauvres,
ou nouveaux parias. Depuis deux décennies les trajets linéaires des
migrants qui les conduisaient d'une station de départ (au Sud) vers un
lieu d'arrivée (au Nord) tendent à se modifier pour des trajectoires
détournées, circulaires ou en dents de scie, dans une nouvelle logique de
parcours Sud-Sud. Désormais les mobilités des personnes épousent les
contraintes érigées par les États-nations en s'adaptant à des itinéraires de
plus en plus souples et géographiquement marginaux. Les parcours des
migrants s'adaptent aux règles frontalières et aux différents terrains
géographiques. Les difficultés du passage aux frontières imposent aux
migrants d'effectuer des étapes. Ces passages, par essence furtifs,
perdurent et posent de ce fait des problèmes inédits tant aux circulants
qu'aux États traversés et aux sociétés qui les accueillent.
Les espaces parcourus ne sont pas exclusivement des sites urbains, les
circulants peuvent également créer des bourgs ou réinvestir d'anciens
villages abandonnés. Leurs circulations transforment le territoire franchi.
Les acteurs de la migration sont astreints, tout au long de ces trajets, à
effectuer des arrêts fréquents avant d'atteindre leur destination finale.
La station, pensée comme transitaire, d'essence éminemment provisoire,
tend à se prolonger dans la durée. De nombreuses villes du monde arabe
et musulman deviennent ainsi, dans ce processus de globalisation, des
villes de transit.