Le parlement de Bordeaux et la loi : 1451-1547

Érigé par Charles VII au lendemain de la reconquête du duché
de Guyenne, le Parlement de Bordeaux est le troisième au
royaume de France après ceux de Paris et de Toulouse. D'étroits
rapports unissent aussitôt le monarque à ses officiers pour une
collaboration qui dure au moins jusqu'au règne d'Henri II. Juges
avant tout, ces hauts magistrats s'imposent aussi comme de
solides administrateurs tout au long de la période 1451-1457, ce
qui les place dans une situation souvent ambiguë par rapport à la
«loi».
Dépositaires comme tous les parlementaires du royaume du
pouvoir d'appliquer la norme royale, ils s'en font un devoir. En
même temps, très sensibles comme leurs collègues parisiens au
principe de gouvernement par conseil, présidents et conseillers
bordelais attachent grand prix à participer à l'élaboration de la
norme royale dont ils deviennent en partie les auteurs. Soit que
le monarque les sollicite directement, soit qu'il accède à leurs
remontrances ordinaires ou à leurs requêtes. Ils en sont également
les correcteurs, par le biais de remontrances d'une autre
nature et par le jeu subtil des modifications qu'ils parviennent
souvent à imposer au pouvoir. Enfin, pour venir au secours du
prince dans le ressort de son parlement, ou pour répondre dans
l'urgence aux attentes pressantes de leurs justiciables, ils assument
volontiers la fonction de législateur provincial.
En dépit de cette volonté affirmée d'autonomie normative et
de gestion directe des affaires provinciales, les magistrats du
parlement de Guyenne ne se départissent jamais de leur fonction
cardinale de gardiens de la «loi». Aussi bien que tout autre parlement,
ils savent conserver soigneusement les lettres royaux
qu'ils ne se limitent pas à sèchement archiver. Avant leur enregistrement,
ils les soumettent à une minutieuse vérification de
forme et de fond. Puis vient le temps de leur publication, opération
dont le succès est gage d'une application réussie, comme il
l'est aussi pour les normes qu'ils édictent en direction de la province
et qu'ils portent, dans des conditions similaires, à la
connaissance de leurs justiciables. Si bien que distinguer les
prescriptions du roi de celles de ses représentants devient chaque
jour plus difficile en raison de l'affirmation toujours plus vive
d'un pouvoir règlementaire autonome du parlement bordelais.