Le bouc

Deux femmes, furieusement, battent en pleine rue, un homme. On
découvre très vite qu'il s'agit d'une mère et sa fille qui ont entrepris
de corriger, de la plus sévère manière, le père, incestueux. Elles
l'abandonnent, le laissant pour mort...
Il s'établit alors un moment d'accalmie pour de nécessaires
explications, certes, verbales et non moins vives.
La mère, jalouse de sa fille, profondément choquée de la trahison de
son mari, a juré de se venger du traître !. Celui-ci devra connaître
sa fin dans le Désert de Canaan, par une mort lente, atroce, sans
témoin !
La route vers le désert est une procession, une chasse à l'homme.
Le projet ne s'accomplira pas : la mère est assassinée par sa propre
fille, haineuse et ne supportant plus de se voir rabrouée.
Le couple incestueux, infernal se réfugie, quelque part, dans le
Désert du Sahara où nul ne viendra lui demander des comptes, du
moins le pense-t-il. Mais l'espoir de vivre le grand amour se brise :
le père refuse de continuer de partager avec sa fille la nouvelle
existence et reproche à celle qui est devenue son amante de s'être
rendue coupable de la mort de sa mère.
Le bouc, dans la conscience collective, est réputé doué d'une
vitalité sexuelle exceptionnelle. Insatiable, il ne marque aucune
différence entre les femelles qu'il rencontre : elles lui sont toutes
destinées. Dès lors, pourquoi sa propre progéniture lui échapperait-elle
!...
Tant que l'animal demeure l'animal qu'il est, il n'y a rien à redire ;
quand c'est l'homme qui devient le symbole du bouc, alors tout est
à redouter.
L'acte d'amour s'accomplit dans un univers où l'éthique pèse de
tout son poids ; quant à l'amour, idéal à atteindre, il est porté par un
vecteur qui ressemble à la folie. Tout ce mélange, chez l'homme,
confine à l'absurde.
Devant cet absurde quelle peut être la place de la liberté ?
Jean-Baptiste Tiemele