Les nourritures divines : essai sur les interdits alimentaires

Les nourritures divines
Essai sur les interdits alimentaires
Les crises alimentaires de ces dernières années sont
brusquement venues interroger le geste de se nourrir,
qui, chez nombre de nos contemporains, revêt une
dimension exclusivement profane. Privilégier la valeur
sanitaire des aliments, c'est en limiter la portée symbolique
en négligeant que chaque religion s'est employée,
à travers ses textes sacrés, à définir une manière
« morale » de manger, c'est-à-dire d'ingérer des fragments
du monde.
Les prohibitions alimentaires concernent de nos
jours presque deux milliards de chrétiens, plus d'un
milliard de musulmans, huit cents millions d'hindous
et près de quatorze millions de juifs. Il convenait
donc d'interroger la rémanence, dans le geste de se
nourrir, du poids séculaire de l'héritage religieux pour
mettre en lumière le sens des interdits alimentaires et
relativiser les interprétations hygiénistes qui tendent
à appauvrir la signification profonde d'une des fonctions
fondamentales de la vie.