Salomé : destinées imaginaires d'une figure biblique

Le crime était presque parfait. Le jour de l'anniversaire d'Hérode, une
danseuse du nom de Salomé séduit les convives et demande, pour toute
récompense, la tête de Jean Baptiste. Engagé par un serment, Hérode ne
peut refuser : le bourreau apporte son trophée à la table du banquet.
En quelques phrases, les Évangiles de Marc et de Matthieu ont mis en
scène un épisode lugubre qui s'est ancré dans l'imaginaire occidental :
des légendes du Moyen Âge aux tableaux de la Renaissance, des sanglantes
représentations de l'âge baroque aux évocations hallucinées de l'époque
décadente, la mystérieuse Salomé n'a cessé d'alimenter les rêveries les plus
extrêmes.
Reste que les éléments historiques ou archéologiques sur le festin d'Hérode
sont extraordinairement limités. Le laconisme même de la Bible a autorisé
toutes les lectures de l'épisode, et, plus encore, toutes les interprétations
de sa principale attraction, cette Salomé attendrissante comme une enfant
et cruelle comme le diable.
Peut-on ranimer une ombre, ressusciter un fantôme ? Cet ouvrage se propose
de mener l'enquête sur cette figure dont la Bible nous dit si peu - d'abord
en revenant aux sources mêmes du récit évangélique, puis en parcourant
le cortège des représentations de la redoutable princesse : symbole de la
féminité dangereuse, support de tous les fantasmes artistiques, celle qui
fut la muse de Flaubert et de Mallarmé, l'idée fixe de Gustave Moreau,
l'inspiratrice d'Oscar Wilde et de Richard Strauss, a donné naissance à
l'un des plus grand mythes issus du Nouveau Testament.