Mémoires du quotidien : les lieux de Perec

Traquer «l'infra-ordinaire» là où règnent
l'exceptionnel et le spectaculaire, questionner
les évidences inscrites dans les modes d'emploi
de l'existence commune, épuiser par écrit
choses, espaces et lieux afin de constituer une
archive à l'usage des générations présentes et
à venir : tel fut l'un des principaux programmes
de recherche de Georges Perec (1936-1982).
Si cette «interrogation "sociologique" du
quotidien» répond à un devoir de mémoire
personnel, elle trouve toute sa place en
France dans l'histoire longue d'une pensée
du quotidien , qui va de Braudel et Lefebvre à
Blanchot et Certeau. En se mettant à l'écoute
du bruit de fond sur lequel se détachent
l'événement et l'Histoire, l'écrivain des
Choses , d' Espèces d'espaces ou encore du
projet inachevé «Lieux» fonde un mode de
connaissance oblique qui, uni à une esthétique
partagée entre le dépouillement et l'excès,
reste exemplaire de notre difficile sortie de la
modernité.