L'idée de justice et le discours judiciaire dans les mémoires d'Ancien Régime (XVIe-XIXe siècles)

Le récit de mémoire entretient avec la passion de la justice des rapports
d'évidente consanguinité. En tout mémorialiste, c'est un juris-consulte
qui sommeille, doublant le récit du passé de l'image idéale du
passé tel qu'il aurait dû être, en une protestation de la mémoire qui
contribue à l'élaboration, jamais achevée, de la vérité historique. C'est
tout particulièrement vrai des mémorialistes d'Ancien Régime : forts de
leur culture juridique, ils réagissent contre l'arbitraire et l'intolérance
des rois, ou encore l'injustice de leur administration, utilisant à cette
fin toute la force de l'imaginaire judiciaire, véritable matrice du récit
de mémoires, comme de l'autobiographie. L'écriture de mémoire, face
à la postérité, en appelle du droit à la Justice. Elle montre la distance
irréductible qui sépare l'un de l'autre, et joue ainsi le rôle d'un ferment
fécond de liberté. Quatorze spécialistes français et étrangers ont
exploré dans cette perspective la masse imposante des mémoires
d'Ancien Régime, depuis le XVII<sup>e</sup> siècle jusqu'à l'orée du XIX<sup>e</sup> siècle, et
soulignent dans cette perspective le rôle joué par les mémoires des
aristocrates, des jansénistes, des protestants, des parlementaires. Tous,
hommes ou femmes, ont fait de leur récit de mémoire une revendication
de justice, et une arme de liberté collective.
À côté de grands textes de mémoires (Saint-Simon, Stendhal,
Chateaubriand), on trouvera ici des analyses de textes moins connus
(Bassompierre, Robert Challe, d'Argenson, Voltaire, les mémorialistes
de Port-Royal ou de la Restauration), ou même étudiés pour la première
fois (les protestants Jean Migault ou Élie Neau, le prince
François Rákóczi).