Conrad Detrez : l'hallucination en guise d'histoire

Évoquer le parcours personnel, politique et littéraire de Conrad Detrez revient à exhumer des pans entiers de passions collectives et de débats de société qui ont marqué le XX<sup>e</sup> siècle, et dans lesquels plusieurs générations se sont, au sens très précis du terme, « engagées ». En effet, la vie de l'éternel jeune Belge, bien que fugace et prématurément interrompue, donne à voir le foisonnement des convictions, des certitudes et des engagements, souvent contradictoires, qui ont nourri toutes formes de militance, voire de martyre. Mais, par ailleurs, et un peu à son insu, comme Detrez devait l'avouer dans Les Noms de la tribu, face à un monde en mutation, son écriture et sa pensée pointent déjà les soucis nouveaux et les lignes de force majeures de l'interprétation du fait littéraire tels qu'ils ont fini par s'imposer à la critique aujourd'hui, et qui ont pour noms études postcoloniales, ethnicité, sexualité / genre, études culturelles et études régionales (Area Studies). En effet, la poétique detrézienne prend assez tôt acte du tournant du discours ( idée ) vers la culture ( réel ), raison pour laquelle elle s'avère toujours si stimulante et captivante, et continue d'interpeler la recherche en littérature dans ses différentes tendances, perspectives et thématiques.