Mauritanides : chroniques du temps qui ne passe pas

Cet ouvrage reprend une centaine de chroniques publiées par l'intellectuel
et journaliste mauritanien Habib Ould Mahfoudh (1960-2001).
Lesdites chroniques sont parues dans les colonnes de divers organes de
presse locaux, parmi lesquels celui qu'il a fondé lui-même ( Le Calame ),
entre 1991 et la date de sa disparition prématurée. L'ironie mordante
qui parcourt la plupart de ces textes et leur indéniable qualité d'écriture
témoignent d'un mariage particulièrement réussi des traditions littéraires
orales et écrites de Mauritanie avec des apports culturels francophones,
aussi éclectiques que judicieusement arrangés et choisis par cet ancien
professeur de français des établissements secondaires mauritaniens.
Ces textes constituent une somme unique de témoignages au jour le
jour sur une décennie (1991-2001) d'évolution politique de la Mauritanie.
Ils regorgent de notations, de références, de citations et parfois de
longs développements, qui attestent de l'étendue des connaissances de
leur auteur sur l'histoire, la société et la culture de son pays. Ils offrent
une sorte de manuel de sociologie sauvage appliquée en particulier aux
traits grotesques ou affligeants d'un petit despotisme rural, qui s'est parfois
montré capable des pires exactions, comme celles dont ont été victimes
les communautés noires de Mauritanie en 1989-91.
Esprit rebelle, confronté aux tracasseries d'une administration
ubuesque, Habib a régulièrement fustigé dans ses chroniques la bêtise
communautaire et la xénophobie, l'arbitraire, la bigoterie, la flagornerie
courtisane et la langue de bois. Il excelle à subvertir les formules
toutes faites, les syntagmes figés, où somnole la sottise ordinaire. Ce
recueil est tout en même temps une ardente défense de la liberté de la
presse sous des cieux tropicaux où elle est souvent mise à mal, un diagnostic
des dérives autoritaires observées en Afrique et ailleurs sous la
houlette des militaires putschistes, et un objet littéraire non identifié où
se côtoient avec humour les classiques de la littérature arabe et européenne,
les poètes populaires maures et les chansonniers français, Baudelaire
et San Antonio, Emmanuel Kant et Pierre Dac.