Quand j'intrigue avec mon âme

« A quel moment t'es-tu foutue dedans,
Marina ?
J'ai trouvé la réponse à dix mille mètres
d'altitude environ, tandis que l'avion
d 'Olympic airways, volant sur la ligne Héraklion-Athènes-Belgrade,
survolait Thessalonique.
J'ai défait le paquet cadeau que Vassilis
m'avait offert et dans la paume de ma main
a glissé une petite croix en or, ancienne, ornée
d'un rubis au milieu.
C'est alors que j'ai compris.
Quand, où et pourquoi.
J'avoue, honteusement (car j'ai horreur de
toute effusion de sentiments en public, surtout
si elle est hystérique), que j'ai pleuré.
A flots.
Mon avilissement a été stoppé par l'hôtesse de l'air qui, surprise par une
si triste scène, s'est adressée à moi pour me demander ce qui se passait et si
j'avais besoin d'aide.
J'ai eu assez de présence d'esprit pour ne pas lui répondre : "J'ai l'âme qui
souffre à en mourir" ; (quelle âme ; quelles salades, on ne va tout de même
pas, au seuil du deuxième millénaire, revenir au romantisme, introduire
de la confusion dans notre Nouvel ordre mondial dont les regards sont
tournés vers le Progrès et non vers la Régression) ; mais, sachant d'après
mon expérience que la terminologie médicale a des vertus exceptionnellement
calmantes, je lui ai dit : "Don't worry. I'm suffering from Slav syndrom.
Everything is under control."»
Roman déchirant, à la fois chronique d'un amour dément et portrait
d'une époque désemparée, cette confession féroce constitue une oeuvre
d'une force, d'une pénétration et d'une émotion uniques dans la littérature
européenne moderne.
Marija Jovanovic a remporté un très large succès en Yougoslavie à la
parution de ce récit largement autobiographique. L'ensemble de la critique,
mais aussi de grands écrivains comme Dobritsa Tchossitch, ont su
apprécier son écriture moderne et sa profonde sensibilité.