Platonov : le fléau de l'absence des pères

"La vie réelle de Tchekhov [...] montre quelle force
de caractère le tenait ferme face à cette Russie
décadente, cette Russie minée par le dégoût d'elle-même,
peuplée d'êtres falots toujours entre les
larmes et le rire d'auto-attendrissement. Etant moi-même
- par ma mère et aussi par le milieu où s'est
passée mon enfance - issu directement des restes
de cette Russie en dérive, je crois pouvoir, à l'occasion
de la transcription de cette pièce nommée
un peu trop sommairement Platonov , témoigner de
la vraie «couleur» du climat très spécial qui baigne
les pièces aussi bien que les nouvelles d'Anton
Tchekhov. Car, en décryptant son théâtre, jamais nous
ne devons oublier que, grâce à l'écriture foisonnante
de ses nouvelles, les personnages peuplant
les pièces de Tchekhov entrent en scène pour ainsi
dire déjà chargés. Dès qu'ils apparaissent, on sent
qu'ils ont pas mal vécu avant - ce qui les rend
d'une simplicité fragile, et donc d'une mortalité, je
dirais familière, que jusqu'à Tchekhov le théâtre
n'avait encore jamais connue."
(Extrait de la préface de Rezvani)