Souillure et pureté : le corps et son environnement culturel

Depuis l'âge d'or du structuralisme, les théories de la signification ont connu de nombreux
développements novateurs qui en ont profondément modifié les fondements et les horizons.
Ces nouvelles orientations doivent leur essor à l'élaboration de modèles dynamiques d'organisation
et de structuration morphologiques, à la réarticulation des concepts structuralistes
avec les récents acquis de la phénoménologie (en particulier ceux visant la constitution, de
l'objectivité du sens), enfin à l'expansion d'approches cognitives naturalistes.
La collection Dynamiques du Sens se propose d'encourager, sans esprit dogmatique, ces
nouveaux courants théoriques ainsi que leurs multiples applications concrètes, dans des
domaines aussi variés que la sémiotique narrative et plastique, l'analyse discursive et la critique
littéraire, l'anthropologie et la théorie des mythes et des stéréotypes, la psycho-sémiotique
et les sciences du comportement, les approches cognitives du langage et de la perception,
l'épistémologie structurale et l'histoire des théories morphologiques.
Le corps est une évidence qui constitue notre existence : nous sommes nés avec lui,
nous mourrons avec lui. Cette présence physique de nous-mêmes à notre corps a soulevé
des questions essentielles traversant toutes les civilisations, notamment celles de la
vie et de la mort, de l'incarnation - donc de l'autonomie de la pensée et de la représentation
de la divinité - ainsi que l'énigme de la différence sexuelle. Grâce à l'observation
de divers textes (littéraires, ethnologiques, philosophiques, folkloriques, etc.), les
vingt contributions qui composent le présent ouvrage témoignent de l'allure qu'a prise
depuis quelques décennies la réflexion sur ces problèmes fascinants. Elles illustrent plus
particulièrement la place que prend le corps, ses capacités sensorielles, les forces pulsionnelles
qui l'animent, dans l'effort de toute culture pour étayer les règles de sa stabilité
et de son épanouissement.
On pourra donc lire des développements consacrés aussi bien à l'expression sociale,
historique ou fictionnelle du corps (incluant les rapports à la magie, la vision stéréotypée
de la difformité et de la beauté, la vocation du sacrifice dans la tragédie) qu'au rôle
de "clef" symbolique que donnent au corps les lois et les interdits bien connus des
anthropologues (concernant, notamment, la matrimonialité, la pureté ou l'impureté
hygiénique, sexuelle ou religieuse) et qui nourrissent ces textes que l'on dit
"mythiques".