L'amateur

Violoncelliste, Arsène vit de ses concerts mais ne peut s'empêcher
de consacrer une partie de son temps à l'enseignement :
tous les mois, à Châtellerault, dans une étonnante propriété
en bord de Vienne, il réunit une dizaine d'élèves d'âges et de
niveaux extrêmement variés, certains même pratiquant un autre
instrument que le violoncelle.
Davantage qu'à l'étude particulière propre à chaque instrument,
c'est au sens même de la musique qu'Arsène tâche d'intéresser
ceux qu'il appelle ses apprentis, usant d'expériences très diverses,
parfois déroutantes, pour y parvenir. Prenant souvent appui sur
les techniques théâtrales, puisant chez Stanislavski mais aussi
chez Diderot, il dévoile l'importance du monde intérieur chez le
musicien et refuse de dissocier technique et musique, considérant
l'art d'interpréter comme un tout.
Dans ce cadre idyllique et propice à l'épanouissement personnel,
l'apprentissage n'est pas circonscrit aux leçons proprement dites,
mais se prolonge et se développe bien au-delà, à la faveur des
nombreuses discussions qui animent les repas, les promenades
ou les rencontres impromptues dans le grand jardin. Si l'inlassable
exigence d'Arsène trouve toujours un écho, y compris chez
les plus jeunes, c'est qu'elle est servie par un perpétuel enthousiasme,
parfois débridé, toujours communicatif. En se disant professeur
amateur, il réhabilite le sens premier de ce mot à ce point
dévoyé qu'on en a oublié la racine, amare : aimer.
Très largement inspiré d'expériences vécues par Jérôme Pernoo,
cet ouvrage peut être aussi bien lu comme un roman que consulté
comme un guide.