L'affaire Bernard de Vabres, 1561-1562 : violences religieuses à Grenade et à Toulouse : édition de la procédure menée par le Parlement contre Bernard de Vabres, sénéchal de Toulouse, à la suite des événements de Grenade et de Toulouse de 1561-1562

Grâce aux Amis des Archives de la Haute-Garonne, l'histoire
des guerres de Religion en région toulousaine s'enrichit d'un
dossier inédit. Acquises par les Archives départementales de la
Haute-Garonne en 2013, les deux liasses éditées ici se révèlent
l'unique témoignage de la procédure menée par le parlement
contre le jeune sénéchal de Toulouse, Bernard de Vabres, baron de
Castelnau-d'Estrétefonds, après les tragiques événements de mai 1562 à
Toulouse.
« L'affaire Bernard de Vabres » commence en fait à Grenade-sur-Garonne
en octobre-novembre 1561, lorsque la population catholique de cette bastide
massacre quelques habitants gagnés à la Réforme. Soucieux avant tout du
maintien de l'ordre et inspiré par la politique royale d'équilibre entre les
confessions qu'affirmera l'édit de Janvier 1562, le sénéchal désarme toute la
population et poursuit les émeutiers catholiques. Un syndicat des habitants
se forme contre lui, qui fait appel au parlement pour le désavouer.
L'affaire se noue ensuite lors des combats qui opposent catholiques et
protestants en mai 1562 à Toulouse. Le sénéchal procède à la levée du ban et
de l'arrière-ban au moment même où les protestants s'emparent du Capitole.
Très vite suspect aux yeux des meneurs catholiques du parlement qui
organisent la défense de la ville désormais inexpiablement coupée en deux, il
semble avoir eu une attitude hésitante voire timorée, souhaitant peut-être
maintenir une neutralité qui n'était plus de saison. Il est mis en prison dès le
jour de la victoire catholique, sauve sans doute de peu sa tête et passe, entre
mai et septembre 1562, un périlleux été à devoir répondre aux accusations.
C'est une partie du dossier qu'il a alimenté lui-même de ses interrogatoires
et des auditions des témoins, parfois annotés de sa main, de ses mémoires en
défense et de diverses pièces justificatives, qui est ici publiée.
L'édition de ces textes, témoignage tragique sur la psychologie d'un jeune
gentilhomme, victime de l'échec du pouvoir monarchique face à la montée
des haines religieuses et civiles, est accompagnée d'une introduction
historique de Pierre-Jean Souriac, maître de conférences à l'université Jean
Moulin-Lyon 3, d'un riche appareil critique et d'un dictionnaire-index des
acteurs des événements qui offre une véritable coupe sociologique sur la vie
de la petite cité de Grenade et de la capitale toulousaine à l'orée de presque
quarante ans de violences.