Lectures du Gil Blas de Lesage

L'oeuvre de Lesage a été victime du comportement désinvolte de
son auteur trop sceptique devant la «valeur littéraire» pour se soucier
sérieusement, comme un Voltaire, un Diderot ou un Rousseau, de la
postérité. De ses ouvrages, émergent une comédie ( Turcaret ) et un
roman ( Gil Blas ).
Ce dernier, souvent rangé parmi les oeuvres «picaresques» ou
même dans le genre «initiatique», se trouve donc soit relégué dans
une formule du passé soit rapporté à un type narratif à venir. Serait-il
impensable de lire Lesage et surtout son Gil Blas comme une oeuvre
aussi digne de son temps que celle d'un Challe, d'un Marivaux ou d'un
Crébillon ? N'est-elle pas tout autant marquée par le rire sceptique des
Modernes, par la défiance à l'égard des «folies» de l'imagination
romanesque et plus profondément, à la suite de Malebranche, Bayle,
Fontenelle, Houdar de la Motte, par le rejet des vanités poético-littéraires
du classicisme ?
Notre époque post-moderne serait-elle plus à même d'apprécier
son geste dépréciatif de la littérature qui permettrait une refondation
d'une littérature nouvelle sur les ruines de l'idéal classique ?
Au moment où l'Université, par une réinscription du roman au
programme d'Agrégation et par un projet d'édition de ses Oeuvres
complètes , tente de redorer le blason de l'écrivain, ce recueil voudrait,
par la variété des lectures proposées, rendre à l' Histoire de Gil Blas de
Santillane toute sa saveur et amorcer une reconsidération de son
auteur.