Philosophie, n° 110

Philosophie, n° 110

Philosophie, n° 110
Éditeur: Minuit
201194 pagesISBN 9782707321800
Format: BrochéLangue : Français

Ce numéro s'ouvre sur un essai inédit de Kant présenté et traduit par

H.-S. Afeissa, «De la question de savoir si la Terre vieillit, considérée d'un

point de vue physique», issu des écrits de la période précritique - l'un des

plus importants qu'ait rédigés le penseur de Königsberg dans les années

1750. Appartenant au groupe des publications scientifiques de Kant, il examine

la question du vieillissement de la Terre du point de vue des processus

géomorphologiques qui y sont à l'oeuvre. L'essai jette un éclairage précieux

sur certains aspects de la réflexion du philosophe au moment où

celui-ci préparait son grand traité sur l'histoire générale de la nature et du

ciel ; il révèle, dans son oeuvre, la permanence d'une pensée de la destruction

apocalyptique de la Terre, dont il a ultérieurement proposé une interprétation

pratique dans deux écrits majeurs - La religion dans les limites de

la simple raison (1793) et La fin de toutes choses (1794).

Dans sa «Méditation sur le mot de Husserl : "L'histoire est le fait

majeur de l'être absolu"» (traduit par G. Fagniez), Ludwig Landgrebe, disciple

direct de Husserl, souligne l'ancienneté, mais aussi l'inachèvement de

l'interrogation husserlienne sur l'histoire. En élucidant la manière dont

s'articulent, d'une part, les formes individuelles et collectives de l'histoire,

d'autre part, la factualité et l'idéalité de celle-ci, il vise à dévoiler et combler

une lacune qui affecte la réappropriation phénoménologique du thème

métaphysique de l'unité de l'histoire - et ce en pensant le temps historique ,

tâche dont Husserl se serait affranchi en envisageant l'histoire d'un point

de vue essentiellement pratique.

Les sciences expérimentales offrent une image du monde : par les entités

et processus qu'elles mentionnent, elles constituent une ontologie du

monde, qui va souvent à l'encontre du sens commun. Dans «Une objectivité

kaléidoscopique : construire l'image scientifique du monde», quatre

spécialistes de philosophie des sciences montrent que cette tâche relève de

la philosophie plutôt que de la seule science ; qu'une telle image résulte en

outre de l'application d'au moins deux «modes d'objectivation», le théorique

et l'expérimental ; et enfin que, diverses sciences conduisant à différentes

images du monde, des conflits peuvent rendre difficile l'élaboration

d'une image scientifique du monde cohérente et unifiée.

Dans «"L'aptitude à la liberté", de John Stuart Mill à Michael Walzer»,

Aurélie Knüfer analyse l'un des arguments censés fonder le principe

de non-intervention : vu qu'il serait impossible de savoir, avant qu'il ne soit

effectivement libre, si un peuple est apte à la liberté, et que seul un peuple

qui se libère lui-même est susceptible de fonder ensuite des institutions

libres, l'intervention pour aider des insurgés contre un gouvernement

oppresseur serait toujours un mal. L'article montre les implications et les

apories de cet argument dans la philosophie de John Stuart Mill, en restituant

le contexte théorique et politique de son élaboration, et examine également

l'usage et la critique qu'en a faits Michael Walzer.

D. P.

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