Proust en couleur

Si Marcel Proust est un auteur éminemment visuel, les couleurs
hantant plusieurs endroits du texte - même les plus éloignés de
toute description : c'est que l'écrivain les utilise surtout en tant
qu'outil de réflexion esthétique. En fait, Bergotte mourant qui
médite sur les multiples couches de couleur chez Vermeer songe
aux résultats manqués de son style.
À l'époque de Proust, la définition du chromatisme se situe au
croisement de différents domaines : de la science à la critique
d'art, des expositions de peinture à la méditation philosophique.
De même, pour le héros de la Recherche , percevoir les teintes
signifie d'une part s'initier à la plénitude du réel ; mais, de l'autre,
celles-ci jalonnent son parcours souvent incertain vers sa vocation
artistique. Enfin, le rendu chromatique trouve une nouvelle vie en
se dissimulant dans une écriture composite, fondée sur la
synesthésie. De cette dissolution ressort toute la souplesse d'un
élément puissant, synthétique et paradoxal : la couleur.