L'eau qui rit

L'acte poétique de Hiromi Tsukui réussit à obtenir ce qui est, le plus
souvent, hors de portée du concept : une synthèse de l'esprit et de la
force d'action. Libérée d'une quelconque soumission à un idéal
théorique, se servant de la philosophie bouddhique comme d'un trait
incontournable de l'existence du vivant, cette poésie est jetée à la
surface de la planète et s'y reconnaît. Elle traverse l'espace à la vitesse
de la communication, relie l'herbe akaza à l'ortie, ente Kannon à tête
de cheval sur le techno-rock. C'est la mélodie du paysage réfléchi sur le
mur et qui le traverse. On se promène dans une grande maison, dans
un grand jardin qui réunit ce qui a presque toujours été dissocié, les
plantes qui s'excluent, les êtres d'espaces différents, les verbes, comme
habiter et voyager, qui se contrarient. Ici, dans cet espace multiple, où
savoir et amour sont une même expérience, la poésie poursuit son
travail mémoriel et futuriste, transformer l'histoire en un lieu vivable.
Gérard Augustin